ARTEMISIA ANNUA contre le paludisme : Revue de presse

Nous avons lu avec beaucoup d’intérêt l’article dans le Figaro du 22 novembre 2018 sur le sujet de l’Artemisia annua et s’il soulève avec raisons certains points délicats concernant l’utilisation de la tisane contre le paludisme. D’autres nous semblent par contre mériter quelques précisions dans le but d’arriver à une conclusion plus équilibrée.

L’affirmation de l’efficacité de cette plante n’émane pas que d’une seule association française mais de nombreux chercheurs et des expériences de plusieurs autres associations africaines, allemandes, luxembourgeoises et belges qui confirment ces affirmations.

Les affirmations des médecins selon lesquelles les mérites de cette tisane sont non fondés méritent clarification. Nous reprenons donc ci-dessous point par point les différentes déclarations reprises dans l’article afin de leur donner un autre éclairage auquel nous estimons que le lecteur a droit pour se forger une opinion objective de la question.

L’intérêt du médicament est de donner une dose précise de principe actif. Avec une infusion vous ne pouvez rien contrôler

Éclairage d’IDAY : les associations qui utilisent la plante contre le paludisme en Afrique ont en effet adopté des posologies différentes. IDAY s’intéresse à ce point précis et compte lancer une enquête à grande échelle qui permettra de recenser les pratiques auprès des nombreux utilisateurs de la plante et les mettre en relation avec les résultats des tests médicaux (goutte épaisse). Le fait que la plante soit utilisée de manière différente (nous recensons 3 posologies efficaces différentes à ce jour) et obtiennent malgré tout des résultats positifs est un argument en faveur de son efficacité. Les Africains ont une connaissance ancestrale de la médecine par les plantes et la pratiquent de manière adéquate.

La plante a donc bien des pouvoirs antipaludiques. Mais son utilisation sous la forme de tisane qui pose problème à la communauté médicale. Dès 2012, l’OMS s’est d’ailleurs positionnée contre

Éclairage d’IDAY : L’OMS a en effet déclaré en 2012 qu’elle s’opposait à l’utilisation de la plante contre le paludisme. Depuis, les associations qui utilisent la plante en Afrique sont en contacts réguliers avec l’OMS (Genève et Brazzaville).

Désormais, les traitements de référence ne reposent plus sur une molécule unique

Éclairage d’IDAY : Le problème principal avec l’approche adoptée dans votre article vient du fait que les médecins y ont seuls droits à la parole. Or, les médecins occidentaux éprouvent beaucoup de mal à voir dans les plantes médicinales autre chose que le ou les composants qu’ils en retirent pour produire leurs médicaments. Pourtant, les plantes agissent rarement à partir d’un seul composant. Dans le cas de l’Artemisia annua qui s’avère efficace contre plusieurs maladies infectieuses tropicales, ce sont de nombreux composants qui agissent notamment contre le paludisme. Les chercheurs estiment que cette plante est une vraie polythérapie avec une dizaine (un chercheur en compte même 20) de composants efficaces contre le paludisme. Les preuves sont nombreuses : (1)les recherches ont identifié plusieurs de ces composants qui agissent soit indépendamment, soit en synergie ; (2) d’autres variétés d’Artemisia, comme par exemple l’Artemisia afra, qui n’ont pas d’artemisinine, sont tout aussi efficaces contre le paludisme que l’annua ; (2) une expérience en Ouganda où un produit à base d’Artemisia annua dont on a extrait l’artemisinine est utilisé efficacement depuis plusieurs années contre le paludisme ; (3) Pamela Weathers de l’American Association for the Advancement of Sciences a démontré en laboratoire la moindre sensibilité aux résistances de la plante par rapport of médicaments classiques les CTA (combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine). Ces résultats ne peuvent s’expliquer que par son caractère polythérapeutique. Cette découverte est confirmée sur le terrain par la protection toujours efficace contre le paludisme de près de 1 000 coopérateurs ougandais avec des tisanes d’Artemisia annua depuis plus de 10 ans sans incidence de résistances.

D’une plante à l’autre, la teneur en principe actif varie grandement en fonction des conditions météorologiques, de la localisation géographique, des conditions de stockage …

Éclairage d’IDAY : c’est tout-à-fait exact si ce n’est que les mots « principe actif » doivent être conjugués au pluriel. En effet, comme expliqué ci-dessus, la plante est composée de plusieurs principes actifs dont la teneur varie en effet d’une culture à l’autre et c’est donc la prise de la plante dans son intégralité (en totum) qui assure l’efficacité du traitement, les différents composants s’équilibrant. Les tests sur le terrain montrent que si un principe se retrouve à une moindre concentration dans la plante, d’autres s’y retrouvent à des concentrations plus élevées offrant donc un impact global suffisant

Autre argument avancé par l’OMS : il faudrait boire d’énormes quantités de tisane pour obtenir la dose de principe actif curative

Éclairage d’IDAY : Ceci est donc en contradiction avec les observations du terrain et ne se justifie que si on ignore les autres composants actifs en plus de l’artemisinine qui en renforce l’impact.

En outre, dans la tisane infuse une autre menace: celle de faire naître des parasites résistants à l’artémisinine

Éclairage d’IDAY : Ce danger est réel et ne dispense pas les promoteurs de la plante d’une attention de tous moments aux résistances, car le risque zéro avec une maladie aussi complexe que le paludisme n’existe pas. Toutefois, il faut reconnaître qu’au stade actuel des connaissances, le risque est bien plus élevé avec la bithérapie des CTAs qu’avec la vraie polythérapie qu’est l’Artemisia annua. C’est d’ailleurs sans doute la raison pour laquelle l’OMS attend les résultats des recherches effectuées en conformité avec leurs normes.
C’est en effet aux médicaments que sont apparues les résistances alors qu’aucune indication de résistance n’a été rapportée jusqu’à présent par rapport à la plante. En plus des résultats des recherches mentionnées ci-dessus, la chercheuse américaine Pamela Weathers a publié une étude qui montre que des patients présumés en crise de paludisme sévère ne répondant plus au traitement officiel, ont été guéris en 5 jours en prenant la plante sous forme de feuilles séchées.

L’Artemisia annua suscite donc un intérêt croissant au sein des Ministres de la Santé du continent africain en raison notamment des difficultés grandissantes rencontrées avec les programmes officiels tant sur plan des résistances aux produits pharmaceutiques distribués que sur le plan financier

Cette molécule n’agit que quelques heures, elle est très efficace mais ne permet pas d’éliminer tous les parasites. Le médicament partenaire reste plusieurs jours dans le sang et termine le travail

Éclairage d’IDAY : des études montrent au contraire que la tisane nettoie les gamétocytes du sang et empêche les récidives. La plante guérit là où les médicaments soignent. C’est encore une fois ne pas considérer la plante dans son ensemble et oublier les autres composants antipaludiques.

Autant d’arguments niés en bloc par les partisans de la tisane, qui s’appuient sur des études dont les spécialistes interrogés par Le Figaro (IRD, Institut Pasteur, Académie de médecine, CNRS) soulignent la fragilité

Éclairage d’IDAY : La bibliographie des recherches in vitro prouvant l’efficacité de cette médication préventive et curative compte près de 120 entrées. Ces confirmations théoriques sont complétées par une abondance d’évidences du terrain en Afrique et en Amérique latine notamment, sans compter les 2 000 ans d’utilisation efficace des Artemisia par les Chinois.
En quoi les articles scientifiques publiés pourraient être qualifiés de fragiles ? Les instances citées auraient-elles des études qui démontrent l’inefficacité de la plante ?

II n’existe, pour l’heure, pas d’étude scientifique correctement menée permettant d’affirmer que la tisane fonctionne mieux que les traitements conventionnels et qu’elle ne présente pas d’effets indésirables

Éclairage d’IDAY : effectivement, des recherches effectuées selon les normes de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) doivent encore être publiées. Notamment la recherche que le Dr Lucile Cornet-Vernet mentionne. D’autres recherches doivent encore être réalisées pour valider l’utilisation généralisée de la plante comme médicament officiel contre le paludisme. Une telle étude scientifique internationale nécessaire à lever les réserves de l’OMS sur l’utilisation prophylactique de l’Artemisia annua contre le paludisme est en effet prête à être entamée sur base d’un accord signé entre la Kenyatta University et IDAY. Le protocole établi selon les normes de l’OMS se fera au Kenya avec plusieurs partenaires internationaux dont entre autres la Professeur Pamela Weathers de la Worcester Polytechnic Institute (Ma, USA), l’entomologiste Alexandra Hiscox de Wageningen Universiteit (Pays-Bas), les professeurs Michel Frederich et Guy Mergeai de l’Université de Liège (Belgique).

En 2016, une étude publiée dans la revue Journal of Travel Medicine a ainsi rapporté deux cas de voyageurs français hospitalisés en soins intensifs en raison d’un paludisme sévère après avoir pris des préparations à base d’Artemisia annua

Éclairage d’IDAY : Il est en effet bon de rappeler que la tisane n’est pas sûre à 100% et que des Européens ont subi des crises après l’avoir utilisée en prophylaxie. Il faudrait, par souci d’objectivité, rappeler aussi que les médicaments ne le sont pas non plus et que de nombreuses personnes meurent toujours du paludisme en ayant fait confiance aux médicaments. Et que dire de ceux qui ne guérissaient pas avec les CAT et l’ont été grâce à la plante ? Du point de vue préventif, la tisane de la plante a l’avantage de ne pas provoquer les effets secondaires bien connus des CAT.

Reste un point sur lequel tous tombent d’accord: les médicaments sont très efficaces mais encore insuffisamment accessibles. Un problème logistique que les tisanes d’Artemisia annua, même si elles se révélaient (au moins partiellement) efficaces, ne permettraient de toute façon pas de résoudre

Éclairage d’IDAY : certains médecins semblent éprouver beaucoup de mal à tenir compte des considérations pratiques qui affectent la médecine africaine. Ils semblent par exemple ignorer le problème des contrefaçons qui représentent 50% des médicaments antipaludéens disponibles sur le marché africain, ni des médicaments à base d’artemisinine vendus en monothérapie et, non plus de la question de la péremption rapide de médicaments sous les conditions tropicales. Or, la tisane est moins affectée par ces problèmes. Faut-il aussi rappeler que les Africains font encore appel à 70% à la médecine communautaire : ils se soignent largement par des moyens locaux en raison notamment de leurs conditions financières délicates. Leur offrir le moyen de se soigner eux-mêmes avec une plante qu’ils peuvent cultiver dans leur jardin, ce qui en plus leur offre une protection contre le vecteur puisqu’elle a aussi un effet répulsif sur les moustiques, mériterait une plus grande ouverture d’esprit de la part du corps médical occidental.
Autre considération essentielle : l’OMS estime qu’au moins US$ 6,4 milliards par an sont aujourd’hui nécessaires pour couvrir les besoins des personnes à risque contre le paludisme alors que seulement US$ 2 milliards d’aide étrangère par an seront disponibles en 2019 et dans les années à venir, car l’aide internationale étrangère et les fonds publics locaux sont pris par d’autres urgences. La plante s’avère donc un complément efficace et peu couteux aux moyens officiels actuels et qui permettra aux populations vulnérables de faire face à la crise sanitaire qui s’annonce.

Réactions d’IDAY à l’Article de La Libre Belgique du 18 décembre 2018:

Nous sommes ravis de l’intérêt que la Libre manifeste pour cette plante et de la publicité que cet article fait sur le rôle déterminant qu’elle va jouer pour protéger l’Afrique du paludisme. Il évoque de nombreux aspects que votre journal a le mérite d’avoir communiqué au grand public

Pour IDAY, cet article est d’une importance capitale pour deux raisons principales. D’abord,  IDAY joue un rôle important dans le développement de l’Artemisia annua en Afrique. C’est en effet IDAY qui a lancé Gembloux sur la piste de cette plante grâce à un cultivar découvert par IDAY-Kenya dans le jardin botanique de l’Université de Kenyatta à Nairobi en 2011.  Depuis la conférence organisée par IDAY au Parlement européen en 2011 (www.iday.org/IDAY/Documents) sur la plante et son importance pour améliorer la qualité de l’éducation en Afrique, la plante est cultivée par des coalitions du réseau dans des centaines d’écoles à travers l’Afrique.  Le livre que vous mentionnez auquel participent Marie Wabbes et Vincent Nomo est d’ailleurs financé par la Fondation Turing (Pays-Bas) contactée par le secrétariat du réseau IDAY pour solliciter le financement d’un projet de 48 jardins scolaires au Cameroun. IDAY fait donc partie des nombreux acteurs qui développent la plante en Afrique.

Ensuite, parce qu’IDAY cherche actuellement à donner accès à l’Artemisia annua aux Belges comme plante de bien être en raison de ces effets bénéfiques multiples alors qu’elle est interdite à la vente dans notre pays par le Ministère de la Santé.

Pour ces raisons, nous nous permettons de relever trois points importants de votre article sur lesquels il nous semble important d’apporter des données complémentaires.

D’abord, la position de l’Institut de Médecines Tropicales (IMT) d’Anvers est en effet partagée par de nombreuses personnalités du monde médical.  Par ailleurs, de nombreux chercheurs dans le monde entier sont au contraire convaincus de la supériorité de la plante comme moyen de lutte contre le paludisme et d’autres maladies infectieuses tropicales. La littérature sur le sujet représente plus de 120 entrées (copie disponible auprès d’IDAY et téléchargeable sur notre site à la page https://iday.org/education-sante-jardins-cantines-scolaires/) dont la très grande majorité en faveur de la plante.

Les arguments de l’IMT tiennent si on considère la plante comme une monothérapie.  Ils ne tiennent plus lorsqu’on lui reconnaît les différentes molécules anti-paludiques.

Il ne nous semble pas cohérent de considérer la plante comme « monothérapie » alors que quelques lignes plus haut le Dr Bottieau reconnaît que la plante contient plusieurs molécules efficaces contre la malaria, ce qui est d’ailleurs confirmé par des études indiquant que la plante comporterait une dizaine de composants efficaces contre la maladie.  Considérer qu’avec une tisane on aura « probablement  une fraction de la concentration adéquate », c’est ne voir en elle que l’artemisinine comme principe actif.

Ensuite, si nous adhérons aux messages de prudence envers le risque de résistances, celui-ci est bien plus sérieux avec les ACT qui sont des bithérapies alors que la plante est une véritable polythérapie avec de nombreux composants actifs contre plusieurs maladies infectieuses tropicales dont le paludisme. Des recherches aux USA ont  confirmé que la plante était beaucoup moins sensible aux résistances que les ACT (Elfawal MA, Towler MJ, Reich NG, Weathers PJ, Rich SM (2015) Dried whole plant Artemisia annua slows evolution of malaria drug resistance and overcomes resistance to artemisinin. PNAS USA 112:821-826, doi: 10.1073/pnas.1413127112).

Lorsque le Dr Emmanuel Bottieau dit que l’artémisinine associée à un médicament partenaire protège cette molécule contre l’apparition de résistance est malheureusement contredit par la réalité du terrain qui montre que c’est justement aux ACT que les résistances apparaissent un peu partout dans le monde.  Par ailleurs, il n’y a jusqu’à présent aucun cas de résistance rapporté avec le traitement par la plante. Il faut rester très vigilant envers cette question des résistances, mais actuellement, le problème est surtout posé par les traitements officiels, et moins avec la plante même si administrée à faibles doses en raison notamment du caractère polythéraptique de la plante.

Enfin, il faut mettre en perspective le problème des dosages. S’il est capital pour des médicaments qui agissent par un nombre limité de composants administrés souvent à des doses proches de ceux de la toxicité, il l’est beaucoup moins pour des plantes qui agissent par de nombreux composants qui se renforcent mutuellement.

En effet, comme expliqué ci-dessus, la plante est composée de plusieurs principes actifs dont la teneur varie en effet d’une culture à l’autre et c’est donc la prise de la plante dans son intégralité qui assure l’efficacité du traitement, les différents composants s’équilibrant.

Il faut également choisir entre la diffusion de produits soigneusement calibrés et conditionnés à des populations qui peuvent se permettre ces produits coûteux (diffusion limitée donc) et donner accès à un produit non calibré par les services officiels mais bénéficiant à l’ensemble d’une population qui a d’ailleurs l’expérience de se soigner avec des plantes (70% de la médecine africaine est communautaire).

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